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Rejane Martin une yogini bien ordinaire

Voilà qui est rassurant, le yoga va bien aux gens ordinaires. Le viniyoga nous dit : « partir de là où on est ». Je suis partie d’une vie sans histoire pour découvrir toute la richesse du bonheur caché dans cette simplicité. Ma mère m’a légué le gène du bonheur. Je l’ai toujours vue heureuse. Enfant, quand je la regardais, je me demandais à quoi elle pouvait bien penser pour sourire continuellement en cuisinant, en tricotant, et dans toutes ses multiples tâches.
Comme cette vie semblait agréable, je me suis engagée de la même façon et à 23 ans, je suis devenue une bonne petite épouse au foyer, comme la majorité des femmes le faisaient encore à cette époque. Puis, les enfants sont arrivés, à tous les quatre ans : trois filles, qui ont heureusement contribué à élargir ma vision de la vie, à me faire sentir plus vivante.

Je me sens privilégiée de cette vie bien ordinaire, ordinaire mais ni monotone ni idyllique pour autant, ça aurait été bien ennuyant. Le quotidien fournit tout un champ d’expérience rempli d’occasions pour se frotter aux épreuves et aux contrariétés. C’est ce qui nous construit, nous donne force et stabilité. La philosophie du yoga m’a été un support précieux pour garder l’équilibre : agir quand il le faut, lâcher-prise quand il le faut. On met du temps à le réaliser, mais lâcher-prise, c’est parfois le plus grand courage.

Le yoga est entré dans ma vie de façon tout-à-fait inattendue. Après ma deuxième fille, j’ai eu le désir de me secouer un peu, d’aller vers le monde extérieur. Je me suis inscrite à un cours de conditionnement physique au nouveau CEGEP près de chez-moi. J’aimais l’exercice, mais pas la course qui ne me convient pas. C’est là que j’ai vu l’annonce d’un autre cours, tout nouveau au Québec : du yoga ! Sans trop savoir ce que c’était, je me suis inscrite, par curiosité.
Bénie soit ma curiosité, j’ai tout de suite adoré cela, et j’ai réalisé que sans le savoir et sans les avoir jamais vues, dans mon enfance je faisais des postures de yoga, comme par exemple, le chien tête en bas, la chandelle, l’arc. Ce cours de Hatha Yoga était enseigné par une dame qui avait étudié en Suisse avec Yésudian, l’auteur de « Sport et Yoga ». C’était un yoga physique, sans philosophie, mais qui respectait nos limites, avec détente, et surtout, sans course : le bonheur!
C’était en 1969, il y a 50 ans, et je n’ai jamais cessé le yoga depuis.

50 ans de yoga ! C’est dire que je fais partie de ce groupe de personnes pour qui on cherche le mot juste, respectable, pour les désigner : les aînés, les personnes âgées, les sages, les anciens, etc. tout ça pour ne pas dire « les vieux ». On a peut-être raison d’éviter ce mot, car il y a « des vieux jeunes, et des jeunes vieux ».
Les années accumulées sont un autre privilège qui m’est accordé. Cela m’a donné beaucoup de temps pour approfondir mes connaissances en yoga, beaucoup de temps surtout pour les intégrer, ce qui est le plus important. J’y travaille encore et toujours.

Comment s’est poursuivi mon intérêt pour le yoga ? En nous quittant, ce premier professeur nous a référé un remplaçant formé au CCY, le Centre Canadien de Yoga, par André Van Lyshbeth. Ce nouveau professeur, Benoit Gagné, arrivait à Rivière-du-Loup pour y rester. J’ai assisté assidument à ses cours pendant 6 ans. Voyant mon intérêt. Il m’a parlé du CCY en me suggérant d’y faire une formation de professeur. Cela me semblait tout-à-fait impossible, je ne me voyais pas animer un groupe.

Une rencontre significative et le CCY

Mais, encore merci à ma curiosité bénie, je l’y ai accompagné pour un stage de fin de semaine. C’était la première visite de Claude Maréchal au Québec ! Cette fin de semaine a changé le cours de ma vie. Pour la première fois, j’entendais parler de la philosophie du yoga et de l’approche viniyoga enseignée en Inde par le professeur Krishnamâcharya, un maître d’une érudition inégalée, et par son fils et disciple, Desikachar

J’ai eu un coup de cœur pour cet enseignement. J’ai su que je n’avais plus à chercher, c’est le yoga que je voulais connaître.
Je me suis donc inscrite à la formation de professeur du CCY l’été suivant. (La vie est pleine de surprises : dans mon adolescence j’avais étudié le chant grégorien avec M. Maurice Tessier qui a créé ce centre avec son épouse Rachel). Par la suite, je m’y suis rendue tous les étés, d’abord pour compléter la formation, ensuite pour étudier les sûtra avec Claude Maréchal, puis animer moi-même des sessions thématiques et finalement enseigner à la formation pédagogique du CCY.
Je me considère toujours en formation continue. Je n’ai pas visité l’Inde, l’inde est venue à moi à travers les excellents enseignements que j’ai reçus pendant des années de Claude Maréchal et de Frans Moors, des élèves de Desikachar que j’ai eu le bonheur de rencontrer lors de sa venue à Montréal. Bien sûr, parallèlement je diffusais l’enseignement du yoga chez-moi et dans ma région.

Et les années passent, le CCY change de mains, change de nom, pour devenir CTY, Centre de Transmission du Yoga

La venue de l’École ETY

Une nouvelle époque s’amorce avec la venue de l’école ETY. L’enseignement a évolué pendant toutes ces années et nous aussi. Une mise à jour est de mise. Alors, on reprend tout : formation, post-formation, semaines thématiques, avec Claude Maréchal et Frans Moors qui ont enrichi mes connaissances pendant plus de 40 ans. Avec quelques autres personnes, je deviens ensuite formatrice en collaboration avec l’école ETY. Enseigner pour cette école, voilà qui me serait apparu de la pure utopie bien des années plus tôt. Quelle belle expérience !

Une nouvelle étape dans ma démarche

Mais il reste une dernière étape, et non la moindre, dans mon parcours. Lors d’une rencontre européenne pour souligner les 20 ans de la revue Viniyoga, deux amies ont participé à un atelier donné par Peter Hersnack, un collaborateur occasionnel à cette revue. Cet enseignant de nationalité danoise mais citoyen du monde, était aussi un élève de Desikachar.

Elles ont été subjuguées par son enseignement, tellement intéressées qu’elles lui ont demandé où elles pourraient s’inscrire à ses cours. Grand voyageur, il leur a simplement proposé de venir donner cet enseignement au Québec. Vous devinez la suite, ma curiosité pour ce qui touche le yoga est toujours bien présente, heureusement. Un nouveau professeur dont on me dit le plus grand bien…….. je n’allais pas manquer cela !
« Quand l’élève est prêt, le maître apparaît » dit le dicton. Tout au long de ma démarche en yoga, ce dicton s’est avéré très juste. J’ai toujours rencontré les enseignants qui m’apportaient ce qui me convenait au bon moment. Après toutes ces années j’avais de bonnes bases techniques et philosophiques, mais l’arrivée de Peter m’a amenée à secouer, réviser, repenser, approfondir toutes ces connaissances. Son enseignement a transformé ma pratique, transformé mon enseignement, m’a transformée.
L’air de rien, avec cette grande modestie qui le caractérisait, il nous présentait, non pas seulement une traduction juste et correcte des yoga sûtra, mais une réflexion en profondeur, adaptée à notre condition présente. Les sûtra, il faut les méditer et les re-méditer sans cesse disait-il. Et il nous amenait à redécouvrir les postures, toujours les mêmes pourtant, non pas pour « faire une belle posture » mais pour jouer avec, sans rigidité, pour ressentir toutes ses subtilités, pour «l’habiter de l’intérieur » Pratiquer de cette manière incite à l’intériorité, à une véritable présence. « La pratique est méditation ! » Alors se manifestent des répercussions importantes sur le bien-être physique et mental.

Quand nous commencions une session, son mot d’accueil était « Je suis là ! Nous sommes là ! » Et cela scellait une communion de VIE entre nous tous. La VIE nous unissait, au-delà de nos personnalités. Ce que je retiens de son enseignement, c’est l’importance de rester en lien avec cette VIE en moi sans laquelle je n’existerais pas, en relation avec cette Vie présente chez tous les humains et dans toute la nature créée.
Je parle de Peter au passé (mais pour moi, il est toujours au présent, il est là !) car il a, malheureusement pour nous, quitté ce monde le 25 mars 2016. Il a quitté son corps, devenu inconfortable, pour suivre la VIE dans la Joie. Il avait sûrement atteint « Kaivalya », la libération.
J’ai eu le bonheur de recevoir son enseignement pendant 11 ans et je poursuis cette étude avec sa conjointe, Colette Hersnack qui continue de diffuser ce précieux enseignement en Europe et au Québec, dans le cadre de l’association « Art of Yoga-Peter Hersnack»
P.S. Je ne saurais terminer cette présentation sans vous parler d’une personne qui,
sans jamais faire de yoga, a joué un rôle primordial dans ma démarche de yoga.
Il s’agit de mon mari qui m’a toujours fortement encouragée à m’inscrire aux cours de formation,
puis préparé un local à la maison pour que je puisse y donner des cours.
Jamais il ne s’est informé du prix des formations, jamais il ne s’est plaint du temps que j’y consacrais
ni de voir tous ces élèves circulant dans la maison. Pour mes enfants, c’était tout naturel de voir
le yoga s’intégrer à la vie quotidienne.
Je suis très privilégiée de cet appui d’eux tous, mais je crois que nous en avons tous bénéficié.

Et voici le thème que je vous propose pour les mois à venir :

Yoga et langage : deux moyens d’évolution

Plus on étudie le Yoga-Sûtra de Patanjali, plus on s’émerveille de la finesse et de la subtilité avec lesquelles il présente cette philosophie.
Cet enseignement est arrivé jusqu’à nous par l’entremise d’un grand maître de l’Inde, Khrisnamacharya, le père de Desikachar. Même s’il était très heureux de l’intérêt porté à ce texte sacré, il incitait ses élèves, venus de partout dans le monde, à chercher ces vérités universelles dans leur propre tradition, dans leur propre culture.
Logiquement, on a cru qu’on devait chercher dans les grandes philosophies ou dans les livres religieux, ce qui est certainement louable mais parfois bien aride. Cependant, il y a une autre source plus près de notre quotidien, une source que tous les gens connaissent, où se cache une aide précieuse pour s'approprier le yoga : « notre langue maternelle ». C’est par elle qu’on peut faire vivre le yoga dans notre cœur, car cette langue maternelle vit en nous. Au-delà de son utilité pour la communication, de toutes les difficultés liées à son apprentissage et à son usage correct, elle habite à notre insu, tous les niveaux de notre être.

Loin des savants propos des linguistes, loin des règles de grammaire, je vous propose de m’accompagner, au cours des mois à venir, dans une réflexion sur quelques verbes qui seront mis en relation avec des notions de yoga

À travers ces verbes, nous pourrons réaliser que finalement, notre langue est aussi, à sa façon, un enseignement philosophique plein de finesse et de subtilité, un moyen d’évolution.
Bien sûr, certains concepts sont difficiles à traduire. Inévitablement, des termes sanskrits apparaîtront dans cet enseignement et cette étude liée au yoga, mais c’est avec nos mots que nous en développerons la compréhension.
Il y a beaucoup de mots dans la langue française, pourquoi donc commencer par les verbes ? C’est tout indiqué, car comme le dit un texte de ma tradition :
"au commencement était le Verbe" C’est donc par ça qu’il faut commencer. Et dès que ce verbe a été prononcé, les gunas ont frémi, la Vie s’est mise en mouvement :
la création s’est manifestée.

Les verbes choisis pour cette réflexion, pour donner de l’élan à la VIE, sont :

  • les auxiliaires : avoir et être
  • le verbe faire : qui suscite l’action et soutient le cheminement
  • le verbe ressentir : pour vivre l’action et la transformation
  • les verbes d’état : sembler, paraître, devenir, demeurer, rester, alimentant la réflexion tout au long de la démarche.


Au plaisir de vous retrouver

Réjane Martin

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